Pour en finir avec la culpabilité de l’aidant

Pour en finir avec la culpabilité de l’aidant

Pour les aidants, la culpabilité peut constituer un risque professionnel. Elle peut étendre ses tentacules à absolument tous les domaines de la prestation de soins et ses inconvénients l’emportent de loin sur ses avantages. En tant qu’aidant, vous pourriez vous sentir coupable pour les raisons suivantes:
 
  • Vous vous sentez bien ou êtes vous-même en santé.
  • Vous n’êtes pas un « assez bon » aidant.
  • Pas « assez bon » peut vouloir dire que vous n’êtes pas assez patient, pas assez attentif, pas assez gentil ou attentionné, pas assez qualifié, pas assez dévoué ou que vous n’y consacrez pas assez de temps, etc.
  • Vous nourrissez du ressentiment envers votre rôle d’aidant ou le concevez comme un fardeau.
  • Vous vous occupez de vous ou prenez du temps pour vous-même.
  • Vous n’aimez pas la personne dont vous prenez soin.
  • Vous souhaitez que votre rôle d’aidant prenne fin (que la personne dont vous prenez soin soit hospitalisée, admise dans un établissement de soins de longue durée ou même décède).
 

Que faire lorsque la culpabilité de l’aidant frappe à votre porte? 


On dit que la culpabilité est une sorte de baromètre moral qui sert à surveiller notre comportement. Elle peut agir comme une force mobilisatrice qui nous incite à modifier notre comportement et, en ce sens, s’avérer utile. Cependant, il est souvent facile de se laisser prendre au piège de la culpabilité et de tout simplement se sentir mal. Dans ce piège, nous risquons la dépression et ne sommes aucunement motivés à changer quoi que ce soit. Bien qu’il soit probablement impossible d’empêcher l’émergence du sentiment de culpabilité, il y a certaines choses que vous pouvez faire lorsqu’il frappe à votre porte:
 
  1. Reconnaissez l’existence du sentiment de culpabilité. Le refouler ne sert à rien. Ce à quoi nous résistons perdure.

  2. Analysez le contexte qui entoure le comportement ou l’action à l’origine du sentiment de culpabilité. Que s’est-il passé à ce moment-là? La personne dont vous prenez soin était-elle « difficile »? Passait-elle une mauvaise journée? Résistait-elle à vos tentatives de l’aider? Étiez-vous fatigué? Épuisé? Anxieux? En colère? Vous sentiez-vous tiraillé de toutes parts? Analyser le contexte ouvre la porte à l’indulgence envers soi-même et à l’acceptation de soi. Cela pourrait aussi contribuer à vous convaincre du fait que vous avez besoin d’autres ressources pour vous assister, la personne dont vous prenez soin ou vous-même. En réalité, vous avez peut-être fait tout ce que vous pouviez en fonction du contexte.

  3. Analysez le sentiment de culpabilité. Le fait de vous sentir coupable ne signifie pas que c’est justifié. Cela mérite d’être répété. Le fait de vous sentir coupable ne prouve pas que vous avez fait quelque chose de mal. La culpabilité ne constitue pas toujours un baromètre moral. Elle peut indiquer une tendance à la négation de soi, à la négligence de soi, à l’autocritique, voire à l’autodestruction. Ce sont là des mots durs, mais qui peuvent être appropriés. Pensez à la manière dont nous décrivons souvent quelqu’un comme étant « rongé », « hanté » ou « paralysé » par la culpabilité. 
 

Pourquoi ressentez-vous la culpabilité de l’aidant?

  • Avez-vous des attentes déraisonnables envers vous-même? 
  • Y aurait-il du perfectionnisme en jeu? 

Les aidants semblent particulièrement enclins à avoir des attentes irréalistes envers eux-mêmes et à se sentir hyper responsables des autres (y compris de leurs émotions, de leur santé, de leur bien-être et de leur rétablissement). Vous vous sentez peut-être coupable de prendre du temps pour vous-même. Vous avez peut-être envie d’aller voir un film, prendre un café, dîner avec un ami ou vous entraîner au gym. Les aidants disent parfois: « C’est égoïste de ma part de faire ce genre de choses parce que _____ n’en est pas capable. » ou « Ce n’est pas juste que je sorte parce que _____ est coincé à la maison. » Il s’agit là d’un parfait exemple de déni de soi (se refuser une pause) et d’hyperresponsabilisation. 

Il est possible de prendre soin d’une personne et de l’aider tout en démontrant de l’empathie par rapport à ce qu’elle vit, à sa maladie ou à sa blessure. En revanche, vous n’avez pas le pouvoir de contrôler ou de changer la manière dont elle se sent par rapport à ce qu’elle vit. Il s’agit là d’une attente déraisonnable pour n’importe quel aidant. Bien que vous puissiez avoir une influence positive sur la personne, c’est à elle que revient la tâche de gérer ses émotions. Si elle en est incapable, vous devriez peut-être demander de l’aide supplémentaire ou des conseils, pour elle et pour vous-même, auprès d’un professionnel de la santé ou d’un groupe d’entraide. 

Au bout du compte, gérer les sentiments de culpabilité ou d’incompétence est une question de limites, de limites à poser entre la personne dont vous prenez soin et vous-même. Par ailleurs, si vous essayez de contrôler les émotions et les expériences d’une personne et de l’en protéger, cette personne n’a pas l’occasion d’apprendre à gérer elle-même ses émotions et pourrait être éternellement dépendante de vous. Ce degré de dépendance n’est ni dans l’intérêt de la personne dont vous prenez soin ni dans le vôtre et pourrait constituer un terrain fertile pour toute sorte de sentiments négatifs.

Demandez-vous : « Qu’est-ce qui est réaliste? » Si vous n’êtes pas certain de la réponse, demandez à votre meilleur ami ou à un proche son opinion par rapport à ce qui est réaliste dans ce contexte. Est-ce suffisant? N’est-ce jamais suffisant? S’agit-il de critères raisonnables selon lesquels vous juger? Ces attentes sont-elles les vôtres ou essayez-vous d’être à la hauteur des attentes de quelqu’un d’autre? Quelle est l’ampleur de la tâche que vous essayez d’assumer ou de gérer seul? Pouvez-vous y arriver? Essayer de faire plaisir à quelqu’un d’autre et d’obtenir son approbation nous conduit à nous sentir incompétents, à prendre le blâme et à assumer trop de responsabilités. 

Demandez-vous ce que vous diriez à votre meilleur ami s’il vous parlait de son sentiment de culpabilité. Traitez-vous aussi bien que vous traiteriez votre meilleur ami. Les gens ont tendance à juger les autres moins sévèrement qu’eux-mêmes.

Faites-vous souvent passer les besoins d’une autre personne avant les vôtres? Que faudra-t-il pour que vous vous fassiez une place dans votre horaire?
 

Que faire avec cette culpabilité de l’aidant?

  • Si vous arrivez à la conclusion que votre culpabilité est justifiée, assumez tout simplement votre responsabilité ET pardonnez-vous. Vous pouvez éprouver une dose raisonnable de regrets et, si nécessaire, élaborer un plan pour corriger les actions pour lesquelles vous vous êtes senti coupable et les empêcher de se reproduire. Assumer sa responsabilité et se pardonner vont de pair, car assumer sa responsabilité sans faire preuve d’indulgence envers soi-même (ou sans considérer le contexte) n’est rien de plus que de la négativité inutile, voire de l’autopunition ou de la négligence de soi. 

  • LÂCHEZ PRISE. La culpabilité initiale ne constitue pas le véritable problème. Les émotions sont des émotions et nous en éprouvons tous une panoplie. Le véritable problème survient lorsque nous acceptons la culpabilité sans en analyser le contexte et que nous nous y accrochons ou nous y cramponnons tout de même. Et nous nous accrochons nous-mêmes à la culpabilité. Nous avons parfois l’impression que les autres « nous font sentir coupables », de sorte que nous ne pouvons pas lâcher prise. Il est vrai que certaines personnes peuvent essayer de nous faire sentir coupables pour nous manipuler et obtenir ce qu’elles veulent (et elles peuvent le faire consciemment ou inconsciemment, sans s’en rendre compte). Cela fonctionne uniquement si nous le permettons. Lorsqu’il est question de culpabilité, lâcher prise est un choix et personne d’autre ne peut prendre cette décision à votre place.

Tout cela sonne plutôt dur et intransigeant? En effet, ce l’est. La culpabilité injustifiée ou inappropriée n’est vraiment dans l’intérêt de personne; elle vous sucera toute votre vitalité et votre énergie. Refuser de vous laisser dominer par la culpabilité est une manière de prendre soin de vous! Si vous laissez la culpabilité s’installer, l’aventure de la prestation de soins promet d’être teintée d’angoisse et de souffrance. Il n’est peut-être pas nécessaire d’en finir pour toujours avec la culpabilité de l’aidant, mais vous devriez à tout le moins lui montrer la sortie. 

S’il s’agit d’une situation de crise et que vous avez besoin d’assistance immédiate, composez le 911 ou votre numéro d’urgence local.